Une affaire correctionnelle

 

En ce mardi 4 Novembre de l’an 2014, le tribunal de Nîmes se penche sur une affaire d’extorsions. « Où sont-ils ? » demanda la juge, une cinquantenaire altière, assise aux cotés de deux silencieux mais imposant acolytes. « Ils vont arriver, M’dam » s’avança timidement Mr Y*, le seul qui n’était pas en retard. « Tant pis pour eux, ce sera plus rapide ! » tranchât-elle, mais les portes s’ouvrirent, laissant place aux quatre accusés qui s’excusèrent en s’asseyant pâteusement au banc des prévenus. « Debout ! » Il s’exécutèrent dans l’instant, l’un manqua de s’étaler devant le public déjà narquois et elle les rangea dans l’ordre d’accusation. « Voilà une bonne brochette, comme au barbecue ! Vous êtes ici pour dégradation et violence : Mr P*, maintenant présent aurait vendu un camion et ne recevant pas l’argent, est accusé d’avoir imposé sa loi avec ses copains, le 23 Septembre 2014. » « C’est pas nous…  » « Silence ! »

Elle entreprit de les questionner un à un, mettant l’accent sur leurs métiers, comme si le fait qu’ils soient tous chômeurs, rentier des aides sociales et donc oisif, voir paresseux – ce qui devenait un péché capital – n’était pas sans rapports avec leurs actes. L’un d’eux déclara un CAP cuisinier à 400E de bénéfices. Mais ne jaugeant pas cette misère digne d’intérêts, elle ouvrit un épais dossier contenant les éléments de l’enquête et les récapitula : des menaces, d’abord au téléphone puis mise en exécutions, une bonbonne de gaz jetée contre une vitre, une télévision disputée avec du sang dessus, des insultes, un fusil retrouvé dans les fourrés qui n’appartiendrait à personne et une machette qui décidément était la perle sur la gâteau « Non mais ça vous arrive de réfléchir ? » Se tournant du coté des victimes, elle interrogea la partie civile. Le chignon gris d’une femme se leva : elle plaida sa cause au nom de ses enfants de 13 et 14 ans que l’attaque avait choqué terriblement… Ils s’étaient réfugiés dans leur mazet en se barricadent contre la meute furieuse, puis elle rappela que son maris, dépréciatif de la chasse, ne pouvait en aucuns cas posséder un fusil, enfin, elle défendit Mr Y* qui ne s’était pas comporté en mauvais bougre et accabla férocement Mr T* qui lui aurait plaqué le fusil contre la tempe. « Elle ment ! Elle ment ! C’est elle qui l’avait, je lui ais arraché des mains » Remis en place par la juge, le procureur se racla la gorge : « Madame la présidente, permettez moi de vous contredire : ce n’est pas une bande de guignol, mais une troupe de minables qui, venant en groupe dans une expédition préméditée, n’est même pas parvenu à réussir son coup… J’aimerais apporter quelques éclaircissements : nous avons retrouvé des traces ADN sur le fusil qui semble indiquer Mr T*. Par ailleurs, lorsque les policiers sont arrivés, ce dernier les a insulté dans l’exercice de leurs fonctions, ajoutant qu’il sortirait bientôt… » Il lui préconisa un an de prison ferme, 6 mois de sursis pour Mr P* et les autres, sauf Mr Y* qui n’en méritait que 3. L’avocate de la défense ne pouvait plus grand chose puisque la majorité des faits avait été reconnus des deux cotés. Elle défendit surtout Mr Y*, affirmant qu’au jour dit, il était avec sa petite amie. Mr P* l’appela pour un coup de main et embarqué malgré lui dans cette vilaine affaire, il resta de coté sans se mêler ni intervenir : elle appuya ses dires en rappelant qu’il voulait entrer dans la marine et que cette démarche datait d’avant le méfait. La juge la remercia et demanda aux cinq s’ils avaient une dernière déclaration. Mr Y* s’excusa platement en son nom et en celui de ses camarades. Les deux autres firent de même. Mr P* fit remarquer que son camion n’était toujours pas payé et Mr T* ne pensait pas que cela tournerai ainsi. La juge le fit approcher, lui agitant un papier devant les yeux. « Vous savez ce que c’est, ça ? » « Oui, enfin… je crois… » « Vous êtes un habitué de la barre et ce coup ci, vous ne vous échapperez pas, un sursis tombe en cas de récidive… En clair, ça s’accumule avec le nouveau délit ! » Elle les renvoya tous dépités après un savonnage collectif, le temps de les juger. Peu après, elle présenta les verdicts… 1 an de sursis pour Mr P*, 6 mois de sursis pour Mrs T* et V*. 3 mois de sursis pour Mr Y*, mais sans l’inscrire dans le casier, de sorte à ce qu’il puisse entrer dans l’armée et enfin, 1 an de prison ferme pour Mr T*, le plus violent d’entre tous qui baissa la tête, mais un peu tard.

Dorian Clair

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