Rencontre dans un Coffee-house

MILITAIRE : T’as les cheveux long, t’es une fille.


HIPPIE : Et toi, avec ta jambe de bois, t’es une chaise.

MILITAIRE : Viens t’y asseoir, pédale, et lorsque tu auras compris ce qu’est la médaille du Vietnam, tu pourras l’astiquer avec tes fanfreluches trouvées dans une poubelle indienne.

HIPPIE : T’as manqué les marches pacifiques mon pote, bouges pas, je fais la fumée pour invoquer l’esprit apache de la guerre. Tiens ! Je l’entends  : « Retournes au Free Shop, hugh ! »

MILITAIRE : Retournes plutôt à l’église, Dieu remettra de l’ordre dans ton âme païenne.

 

HIPPIE : Ta morale je lui jouis dessus, alors un conseil : fou le feu à la baraque de tes bourgeois, branche ta hi-fi à fond rock and roll : avec ta gueule de patriote, ce sera l’anarchie totale !

MILITAIRE : Pauvre rêveur, ma piété se rit de tes révoltes infantiles car mon capitalisme est la seule matérialité viable. Tu penseras à moi dans ta free-clinic, lorsqu’un courant d’air t’auras enrhumé de sa bronchite : ton squat insalubre ferai fuir les clochard tellement les poux y prolifèrent et pourtant vous y êtes entassés comme des rats.

HIPPIE : Je penserai surtout à toi quant j’aurai une hépatite, je me dirai : « Quel dommage qu’il n’ai pas profité de cet arc en ciel d’amour » J’espère que t’es assez ouvert pour prendre ton pied seul, car avec ton sourire de napalm tu risque d’attendre longtemps le mariage, et la vie ne te semblera vraiment pas éphémère… A moins que tu ne m’accompagnes au psychédélique show, car demain, c’est la grande parade des Diggers à Haight Ashbury.

MILITAIRE : Est-elle là ta philosophie décadente ? Du LSD alors que vos moutards ont plusieurs pères ? De l’hédonisme en étant recherché par la police ? De l’idéalisme en suppliant Papa d’envoyer de l’argent pour se payer la dernière revue underground ? Du psychédélique ascétique ?

HIPPIE : Et même du communisme devant les conflits sociaux ! Tu piges qu’essayer de faire léviter le pentagone en récitant les mantras, c’est la meilleure expérience de vie que t’as raté ?

MILITAIRE : Peu… ! Vos parties politiques vous lâchent, tout le monde vous déteste et même les noirs vous ont à dos. De l’avis général, une chose est sûre : dans une acide party, les chants ne sont pas Tibétains.

HIPPIE : Tant qu’elle prend la pilule… Peace and love, straight !

MILITAIRE : Hé, Sunchine de Berkeley ou bien Spider de San Francisco, t’as cru qu’en changeant de nom, c’était une nouvelle vie ? Je paris que tu te l’es tatoué sur l’épaule comme ton chien. Les os de poulet autours du cou, c’est pour le nourrir ? A moins que ce soit le souvenir de ton dernier repas : les bons de nourriture, j’imagine même pas ! Allez, je te fais une fleur, pouliche moi la jambe et tu auras de quoi assouvir ton subversif dans un fast-food.

HIPPIE : Moi ? Toucher du savon ? Je préfères encore te faire les poches ou vendre mon sang. Si j’ai vraiment faim, les champotes poussent au Squat : c’est bon contre les carences, et plus efficace que le banana-pet. Je te laisses avec ton trip brosse à dent, je viens de voir une magnifique blonde cachée derrière son Headbands qui ne demande qu’à son jean de lui faire découvrir le summer of love. Regarde bien mon Flower Power !

Dorian Clair | 2015-04

Rencontre dans un Coffee-house.jpg