Qu’est ce que la nouvelle ?

 

M Souiller affirme que la nouvelle n’est rien, que c’est de la non-littérature : cela interroge sur ce qu’est la Littérature. Désigne t-elle une pratique normée à certains codes spécifiques ? Il semble aller dans cette direction, affirmant que c’est un petit récit en prose : il y a donc une notion de quantité excluant toutes formes poétiques, qu’il place sur un axe historique. Cette pratique serait « un espace de liberté où des éthiques diverses et des écritures variées vont s’affronter. » Mais je ne suis que peu d’accord avec ces affirmations qui semblent de l’argutie. C’est pourquoi, j’entreprendrai d’éclaircir la nouvelle en démontent la guerre artistique pour remonter jusqu’à la Littérature.

L’Art est-il un affrontement ? La rationalisation tend à classer des périodes artistiques dans des mouvements, désignant ainsi des pratiques communes bornés à une époque, un lieu. C’est idéal pour enseigner un socle nécessaire à l’échange, mais peut-on mettre dans le même sac un tas d’auteurs : n’y a t-il pas autant de mouvements que de pratiques différentes ? Chez un même auteur, n’y a t-il pas une nouvelle expression à chaque créations ?

L’affrontement est une simplification dangereuse désignant une évolution rétroactive. Car la rivalité potentielle entre des auteurs n’est pas soustractive : chaque œuvres est une pierre supplémentaire à l’édifice culturel. C’est dangereux d’admettre une donnée égotique lorsque la postérité ne retient au mieux qu’une œuvre ou deux, qui ne sont pas forcement représentative de l’idéel d’un créateur : c’est omettre les facteurs extérieurs de la nécessité tout en nient leurs volontés originelles.

Par ailleurs, se revendiquer d’une manière de faire a toujours un aspect de justification : une sorte de compensation sur les doutes inhérent au manque de matière effective des choses. Rien ni personne n’aura raison sur le vide des lignes : cela nécessite de la force existentielle. Et puis, l’inspiration provient de toutes parts, de notre culture, de nos religions, de notre famille et même des  « clans ennemis » : ces diverses éthiques ! Alors pourquoi un combat ? Ce genre de pensées forment une faiblesse restrictive manquent d’ouvertures… Tandis qu’il est possible de gagner à tous les coups par la voie de l’acceptation !

L’écriture est-elle un espace de liberté ? Si l’on observe l’effet produit, cela est certain ! L’imagination est entraînée vers des connaissances, des émotions et une vie qui n’est pas la notre… Mais l’acte même d’écrire n’est ce pas au contraire un jeu de contraintes formée de limites ? Le signifiant est hautement restrictif puisqu’il désigne un unique signifié interprétable et soumit à la compréhension… Dans la matérialité, l’écrivain est assujettit volontairement dans ce travail, aussi plaisant soit-il.

Si la désignation de catégories révèle des formes consensuelles et comparables, cela permet d’élaborer des techniques d’éditions dans un but de communication, ou de théorisations critiques à des fins mélioratives. Et non des élucubrations reclassent la nouvelle comme une non-littérature : « littératura » a les sens premiers d’écrit, d’alphabet, de grammaire et d’érudition. Une nouvelle refusant d’être dans la littérature serait orale, spontanée et amphigourique ?

Alors qu’est ce qu’une nouvelle ? C’est probablement un terrain d’expérimentations esthétiques et d’entraînements pour la plume, car sa courte forme permet une conception et un achèvement rapide autant qu’une vision d’ensemble rigoureuse. Pour autant, c’est aussi le moyen d’apporter une parole efficace, sérieuse ou de divertir rapidement sans ennuyer. Il est clair que cette pratique changera d’objectifs avec le temps, comme elle a déjà évolué depuis son apparition. Chaque œuvre est unique. Elles nourrissent l’égrégore culturel. Ce n’est pas un affrontement, au mieux, une course au mème.

Dorian Clair, 19/04/2015

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