Plaidoyer en faveur de la Polyvalence

La polyvalence fait peur car les gens ne savent pas vous étiqueter. « Il fait un peu tout, il fait un peu rien » ; « Celui-là, dix métiers, et la misère pour onzième… » ; « Un touche tout, ça rentre dans quelle case des grilles salariales ? » ; « Vous êtes vraiment sûr qu’un acteur a le potentiel d’être figurant ? »

Rassurez vous, le polyvalent ne déborde pas de son poste. Il ne commet pas le sacrilège de toucher le maquillage si-il est là pour les accessoires. Se rajouter du travail ? Merci ! Risquer une montagne de responsabilités en frôlant une optique ? Après vous ! Le polyvalent c’est le joker dans vos manches : il peut exécuter plusieurs impératifs si on lui laisse le temps. Une équipe ferait plus vite, mais pas nécessairement mieux. Ce n’est pas voler le travail d’un autre, c’est diversifier son activité.

Nous avons tous un domaine de spécialisation, voir d’ultra-spécialisation : est-ce vraiment incompatible avec l’apprentissage, la maîtrise d’une autre corde, sur le même arc ? Il y a besoin d’une connaissance des autres postes pour faire le sien correctement. Une technique générale solide contribue à l’osmose, en faisant gagner du temps et de la qualité. Exemple : vous êtes acteur, vous entendez qu’on filme en longue focale. Vu l’emplacement de la caméra, c’est un gros plan. La luminosité est au minimum donc il ne faut pas trop bouger : le pointeur est sûrement en galère !

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J’en appelle à la bonne intelligence des producteurs. Imaginons que le chef op est hospitalisé, la journée semble perdue : ça va coûter cher… Sauf si le cadreur peut le remplacer, et que l’assistante maquilleuse devient cadreuse : parce qu’elle connaît la discipline ! Expériences à l’appui ! Encore faut-il avoir connaissance des capacités inexploitées de l’équipe… La logique ambiante pousse à cacher ces informations : CV multiples, storytelling spécifiques, multiplication des sites internet, des pseudonymes, etc…

Évidement, cela demande une justesse d’évaluation de nos capacités propres. Se surestimer, c’est le risque de passer pour un tocard ! Ne vous laissez pas pour autant sous-estimer : entre la concurrence, les jaloux et les critiques, on en viens facilement à complexer, à se dévaluer pour oublier que c’est de la compétence brute. Bref, dire qu’être polyvalent, ce n’est pas pro, c’est refuser d’embaucher Chaplin.

Dorian Clair 2017-08