La Statue

« Depuis tout petit, j’accompagnais mon père à la chasse. A cette époque, il m’apprenait à tirer, à pister une proie et à dépecer les bêtes. Cependant, ces aptitudes m’ont mal préparé à ce que j’ai vécu. Lorsque mon père quitta ce monde, je partais chasser le gibier seul. Je n’avais pas son habileté, j’avais du mal à me nourrir, et j’étais sans le sou. Les années passèrent, entre la faim et la misère. Je saisissais la moindre opportunité pour me faire de l’argent, aussi, lorsqu’on me parla d’un loup de grande taille, dont la tête était mise à prix, je bondis sur l’occasion pour me refaire.

Je partis dans les hautes montages de Caracas, épaulé de mon fusil. Longuement, je cherchais la bête. Lorsque je la vis, elle prit la fuite. La traque s'annonçait difficile. Me mettant en chasse, je le pistai sur des lieux, jusqu’à sa tanière. En haut de la montagne, le paysage était grandiose. Des pics dépassaient d'une mer de nuages gigantesques et, dans le lointain, un petit château surplombait l’ensemble. Malheureusement, le fauve profita de mon inattention pour me contourner, déjouer ma vigilance et m’attaquer par derrière, en plantant ses crocs dans mon épaule. Je le repoussais d'un coup de crosse ! Après un âpre combat, je déchargeais mon arme entre ses oreilles. La bête était morte. Reprenant mon souffle, j’observai l’animal. Sa fourrure était d’une grande qualité. Ma propre blessure m’interdisait de le dépecer.

J’avisais un élégant homme venant dans ma direction. Il avait l’air d’être un voyageur de grand chemin. Lorsqu’il fut à mon niveau, voyant le loup et ma posture, m’annonça avoir perçus un château, et me proposa d’aller y quérir de l’aide (contre quelques galons d’or). Je lui offris ma bourse, et il partit. Les heures passèrent sans que je ne le visse réapparaître. Le ciel s’assombrissait, autant que ma colère d’avoir été dupé. Je partis en direction du château, me maudissant d’abandonner la fourrure, jurant de la récupérer. Rarement journée fut aussi éprouvante. Le château se présenta à moi, plus grand et imposant que je ne l’avais pensé. Près du pont-levis, se trouvait un cor dans lequel je soufflais brièvement. Le son se répercutât sur les froides murailles. Après quelques minutes d’attentes, la grande porte s’ouvrit.

Un étrange petit homme m’accueillit, portant un pardessus sombre, un pantalon noir, et une paire de chaussures assortie au tout. Je lui souhaitais le bonjour. Il ne sembla pas m’entendre, et s’exclama n’avoir reçus aucunes visites depuis deux ans, avant de m’inviter dans sa demeure. L’hôte me conduisit dans une antichambre étroite, où je dus patienter. Il revint, avec le nécessaire pour guérir mon épaule. Il voulut me soigner, je préférais m’en occuper moi-même. Une fois encore, il ne semblait pas m’entendre. Il m’affirmât être sourd, qu’il fallait parler fort. Après la compréhension de mon message, je désinfectai l’épaule, pour y appliquer la bande. Mon pansement en place, l’homme m’annonça que le repas était servit. Il me conduisit dans sa salle à manger. Un repas gargantuesque nous attendait. L’hôte me fit signe de s’asseoir. Nous mangeâmes tout en haussant le ton, de sorte à étayer une conversation qui porta sur les faits du monde. Nous sortîmes de table, puis il me proposa de visiter sa citadelle.

L’intérieur était immense, majestueux. Un escalier imposant aux marches glissantes se trouvait là. Des tapis d’une taille incroyable recouvraient le sol, les murs étaient recouverts de peintures d’une finesse extraordinaire. Des tables en bois exotique, de l’argenterie entassée. Au plafond, suspendus, de magnifiques lustres. Chaque objet était un hymne à la beauté baroque. Cependant, des couches de poussières d’une impressionnante épaisseur, et des toiles d’araignées géantes venaient tout gâcher. De manière évidente, le lieu était dépeuplé. Le guide me conduisit le long des couloirs, présentant chaque chambres, trouvant une anecdote pour chaque tours. Le château était immense. Une question indiscrète jaillit de mes lèvres brûlantes. Je voulus connaître la raison de sa solitude. Sans un mot, il m’emmena en haut d’une tour. La décoration moderne faisait contraste avec les autres pièces. Le lieu était plus poussiéreux qu’ailleurs. Les fenêtres arboraient des voiles noirs. Au centre, se trouvait une statue particulièrement réussite représentant une femme en pleurs. Le guide me conta son histoire : 

« Il y a dix ans, le château était plein de vie. La famille qui gouvernait était d’une bonté exceptionnelle. Leur fille, une jeune et charmante demoiselle venait de se marier avec un beau capitaine d’une gentillesse sans failles. Hélas, la guerre arriva, le capitaine partit au front, et sa destinée ne le ramena pas. Son épouse dépérissait. Ses parents ne purent rien pour la consoler. Chaque soir, toute la maisonnée l’entendait pleurer et crier son amour. C’est à ce moment qu’un sculpteur de grand renom fabriqua la statue, et la belle mourut de chagrin quelques temps après. Cependant, le soir de sa mort, des pleurs s’élevèrent encore. Ce fut ainsi tous les soirs. Peu à peu, les gens pensèrent que le château était hantée. Chaque nuits, la statue reprenait vie dans cette tour. Le château se vida, par peur de l’inexplicable. Pour ma part, je n’ai jamais entendu ses cris de détresses, et jusqu’à aujourd’hui, personne n’a  jamais entendu ces lamentations. »

Voyant que je tombais de sommeil, mon guide me mena jusqu’à ma chambre. Je m’endormis aussitôt. Je ne sais à quelle heure je fus réveillé, il devait être tard. Des cris, entrecoupés de sanglots s’élevaient dans l’air. Je restais dans mon lit, incapable de bouger, médusé par ce que percevait mes oreilles. Le vieux s’était fait trompé par la surdité. Les cris de la femme étaient bien réels ! Cela dura jusqu’aux aurores, enfin les plaintes se turent. Je me décidai à  déguerpir aussi vite que possible. Dans le hall d’entrée, en bas des marches, se trouvait le cadavre du vieux qui avait glissé.

Dorian Clair

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