La cire des générations

Ce texte a fait l'objet d'une adaptation

Écoutez moi ! Ma mèche se fait courte et je suis le dernier... Avant que je ne parte, j'aimerai vous enseigner la vérité sur la tragique histoire des premiers nées... C'était bien avant que mon peuple ne franchisse les frontières du berceau originel et ne perde son identité dans une abîme qui n'était pas la notre. Bien avant ma propre existence et celle de mes pères avant moi. Bien avant les conteurs et leurs légendes...

 

Au commencement, alors que tout n'était que déserts, puretés et inexistences, les neiges éternelles recouvrant notre pays cessèrent de tomber, de s'accumuler et s'amincirent en l'exacte centre du monde, pour fondre en un lac d'où surgit la force bienveillante qui nous modela. C'était une source intarissable, riche de milliers de vies et dont la force grandissante croissait de la terre jusqu'au ciel...

 

Une pluie noire recouvrit le sol, prête à accueillir la fécondation des entrailles d'Estadal, et le temps des premiers arbres vint. Accompagnées d'animaux, la vie riait les vents mouchant chandelles, et sans malices, les premiers nées sortirent à leurs tours. Avec eux, la joie de l'éphémère et ses délices chantant félicité, des anciens aux nouveaux, croissaient les cœurs exaltés aux limites de la nuit ténébreuse, rayonnant d'éblouissantes harmonies.

 

L'Estadal, voyant sa gloire, s'inclina pour offrir un nouveau présent au monde. Ainsi naquit la conscience. ...Pour la plus grande perte de tous...

 

Émergea des abysses un être pur d'altérités. Incomparable et né d'amours, sensible, confronté d'insensibles. Soufflé dans l'innocence en voyant sa mèche courir au sol, sa cire fondre, ruisseler dans une rivière puis une mer de mélanges tremblotantes, avant d’assassiner le filet d'un impairs, elle... Elle se perfora d'une terreur viscérale qui souilla sa vision scrupuleuse en l'idée qu'il soit de même pour elle... ! D'une résolution terrible, elle se promit d'y survivre à tous : sa Différence lui justifiait un droit de flammes. Tel était sa première révolte en crime et nul ne s'y opposa...

 

L’ignoble déraison accrue sa faim, et s'entourant de quelques fidèles qu'elle insuffla du mal, elle réclama une part de cire sur chaque mèches brûlantes, tyrannisant ceux qui s’opposèrent et dévora les plus faibles pour qu'ils s'éteignent dans le silence. De la cire coulât, lâchement, et mon peuple excédé se révoltât un jour de grand deuil, où défait au baroud d'honneur, l'échec culminât en folies... Les survivants furent dépouillés et jetés l'un après l'autre dans la gueule ardente de celle devenu leur maîtresse... Un trop plein de vie vomissait des membres entiers et réclamant encore, et encore, ses esclaves, perdues de moitiés, comprirent que rien ne pourrait la combler... La reine rouge était née et l'Estadal ne fit rien. 

« Immortelle » rêva telle à penser... Son joug transcendât une idée irréversible : voler la vie des autres, désosser leurs mèches jusqu'à la moelle et brûler à travers elles en prenant leurs places ! Sa pensée disloqua dans l'émiettement des consciences une vanité d'égoïsme, car au milieu de ses feux, elle n'avait plus aucunes compagnies... Elle s'installa seule devant l'Estadal, morte et résolue sur sa longue destinée, supprimant les nouveaux nées, avant même qu'ils n'aient goutté lumière pour retarder sa culpabilité...

 

Reine dans l'exil, elle pleura tout haut. Ses larmes emportèrent une mèche qui dévala au loin de son regard. Le filet blessant s’accrut, et renaissant d'entre les carbonisés, surgit un être pur d'altérité... Il n'était pas parfait : il n'était pas la belle... Mais au milieu du cauchemars rouge furieux, il vit une solitude en détresse, un déchirement nié fierté par l'opprobre. Une simple bougie terrifiée.

Formulant son cœur, il l'aima. De l'or recouvrit son être et se donnant entier aux feu, il coula chaudement dans la gorge sèche : offrant par sa vie, l'amour d'un pardon... La coupable plia et renonçant à la beauté du sacrifice, se rendit gouttes à goutte pour le vol, jusqu'à la dernière. La reine rouge n'était plus et le cœur d'Estadal s'illumina avant d'exploser en centaines d'altérités, toutes pures, toutes belles de différences, et prêtes à explorer le nouveau monde...

 

Dorian Clair Mars 2013

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