Discussion avec la Mort

Homme – Qui es tu ? Toi qui m’observe.
La mort – Je suis la mort, et je te lorgne. Je suis ce que tu redoutes.
Homme – Pourquoi aurais-je peur ?
La mort – Tu as peur, petit être, tu as peur comme tout le monde.
Homme – Car je disparaîtrai ?
La mort – Oui, je t’effacerai. Tu resteras quelques temps dans le cœur de tes semblables, puis l’oublie s’emparera de ton existence.
Homme – Mort, laisses moi. Je ne veux pas te voir.
La mort – Tu ne me vois plus, je suis toujours là. Tu peux continuer de fermer les yeux.
Homme – Je n’ai pas peur.
La mort – Moi non plus.
Homme – Tu ne risques rien… Je ne trembles pas, car si tu existes, c’est que Dieu existe.
La mort – La mort seule justifie t-elle Dieu ? Quand l’heure viendras, tu ne seras plus là.
Homme – Quelle est cette heure ?
La mort – L’inéluctable.
Homme – Et tu me prendras ?
La mort – Oui.
Homme – Tu pourrai me laisser tranquille.
La mort – Non. Pourquoi le ferais-je? Un jour tu es, l’autre plus. Telle est la règle.
Homme – Laisses moi du temps. J’ai à finir…
La mort – Tu n’as rien à faire, c’est de la vanité.
Homme – J’ai des amis, une famille, une maison…
La mort – Sont-ce les choses importantes ? Rends au monde ce que tu as emprunté
Homme – Il est vrai que dès la naissance…
La mort – …Jusqu’à l’heure où je te prendrai, tu seras seul. Refuser la mort, est-ce vivre ?

Homme – Non, abandonner la mort, c’est abandonner la vie. Je vis pour mourir. Je m’entoure mais ce ne sont que des illusions distrayantes. Est-ce pour détourner mes yeux de l'instant fatidique ?
La mort – Tu as besoin d’eux. D'où vient la peur de disparaître ?
Homme – A t-on besoin d’une raison pour aimer vivre ?
La mort – Tu n’as pas à justifier tes années terrestres. Ne sont-elles des mets précieux ? Tu en étais heureux ?
Homme – Je le voulais. J’ai fais des erreurs. C’est trop tard. Je ne pourrais être heureux. Je croyais au bonheur, je le cherchais.
La mort – Cette quête du bonheur est-elle importante ? Chercher la récompense à tout prix n’est-elle pas l’erreur ?
Homme – Les erreurs que j’ai faites sont toutes insufflées par mon être. Je n’aime pas mes défaut.
La mort – Alors, tu ne t’aimes pas ? N’est ce pas étrange? Tu veux vivre sans perfections ?
Homme – C’est le monde qui m’entoure qui…
La mort – Ne critiques pas autrui pour reporter tes peines. 
Homme – Je regrette de ne pouvoir changer, de n’avoir fait mieux.
La mort – Si tu ne regrettais pas, serai-tu mieux ?
Homme – Oui… Les regrets sont autant d’inacceptation de soi. Autant de mal être. Plus je veux vivre en suivant l’idéal, moins je l’atteint, car je met en avant mes imperfections. Chercher le bonheur conduit à mon plus grand malheur. Je dois m’accepter comme je suis. Mes imperfections, je les acceptes, toutes autant qu’elles sont. Si je suis méchant de nature, je resterai méchant. Tant pis pour les autres, je ne regretterai pas, car je suis ainsi.
La mort – Hé, l’égoïste, tu fuis la réponse. Tu dois te mettre en règle avec toi et ton passé. Songes à t’améliorer. Connaissant tes défauts, tu peux éviter la répétition, non pour le résultât, mais pour la cause. Si tu te sais violent, et que l’on te manque de respect. Retiens toi de frapper passionnellement. Tu auras dépassé cette nature et en tireras quelques satisfactions. Tu ne seras pas pour autant parfait, tu te seras seulement élevé.
Homme – Je me corrigerai. C’est un phénomène intérieur qui n’est pas inhérent à l’extérieur. Je serai passif par force, et non par faiblesse.
La mort – Alors, maintenant que tu t’acceptes, et que tu recommences à aimer la vie. As tu encore peur de la mort ?
Homme – La peur de mourir, c’est disparaître sans être ce que nous désirions être. Mais étant ce que nous sommes et non un fantasme imaginé, nous trouvons le repos. Sachant que la mort arrivera quoi qu’il se passe, pourquoi pencher vers un excès compensatoire, être autre chose que ce que nous sommes ?
La mort – Maintenant, tu as une véritable raison de ne plus vouloir mourir : tu n’as plus peur, et je vais te prendre.

Dorian Clair | 2008